un peu de tout, un peu de moi

Un mot, un dessin, une réflexion... Parfois, c'est ici que commencera un roman, une nouvelle... C'est le lieu d'exposition de mes oeuvres.. Ce sont aussi mes réflexions sur tout et sur rien.

18 octobre 2018

Gorgias - Le premier sophiste

----- Une Carte postale -----

La Sicile est sous domination grecque depuis le milieu du VIIIème siècle avant J.C. Gélon, actuel tyran de la Sicile a délaissé Léontinoi, un peu au sud de Syracuse, comme capitale de son empire au profit de cette dernière ville qu’il vient de conquérir. Gorgias naît à Leontinoi un peu avant la 75ème Olympiade soit vers 480 avant J.C. C’est donc un contemporain de Socrate. Il naît d’un père orateur et a au moins une soeur et un frère médecin. Platon lui “dédie” un de ses dialogue, en fait, pour démonter le travail des sophistes.

Il apprend la rhétorique et aurait été un disciple de Empédocle mais il suit aussi son frère dans ses consultations en tant que médecin. Il est envoyé à Athènes pour négocier une alliance et charme par sa rhétorique qu’il élève en art et technique. Il ne va pas s’attacher à une ville mais parcourt la Grèce en donnant des cours de rhétorique (qu’il fait payer très cher). Il devient très riche, au point de se faire élever une statue en or à Delphes. On lui doit un des premiers traités connus de rhétorique. Il serait mort vers 108 ans.

----- Premier sophiste et premier nihiliste -----

Gorgias est un des premiers sophistes (orateurs, maître d'éloquence) mais, sans en avoir le nom, il est aussi sans doute le premier des nihilistes (négation de toute valeur, réalité, croyance et de toute vérité).

En voici un bon exemple dans son ouvrage Du non-être ou de la Nature, où il soutient que

  1. rien n’existe

  2. si quelque chose existait, l’homme ne pourrait l’appréhender

  3. même si l’on pouvait l’appréhender, il ne serait pas possible de l’exposer aux autres

 

Rien n'existe... Quelle est son argumentation sur l’être et le non-être ?

  1. S'il existe quelque chose, c'est ou l'être, ou le non-être, ce ne peut être à la fois l'être et le non-être.
  2. Si le non-être existe, cela signifie qu’il est et en même temps qu’il n’est pas (puisque c’est le non-être). Il ne peut pas être et ne pas être à la fois (principe de non contradiction). Si on le faisait exister, alors ce serait l’être qui n’existerait pas puisque le non-être serait…
  3. L’être n’est pas non plus car s’il était, il devrait être éternel, inengendré.
    - S’il était éternel, il serait illimité; s’il est illimité, il n’est nulle part (ni contenant, ni contenu), s’il est nulle part, il n’est pas...
    - Il doit être inengendré car sinon il serait engendré par un être (soit donc par lui-même) ou par le non-être (mais comme le non-être n'est pas...).
  4. Ainsi, si l'être n'est ni éternel, ni engendré, ni les deux à la fois, alors, l'être n'est pas.

De plus, l'être n'est pas objet de pensée et est insaisissable car si c’était le cas, ce qui serait pensé existerait (même une chimère ou une licorne). Il s'oppose ici de front à Parménide qui dit que la pensée est la même chose que l'être.
Si même quelque chose existait, on ne saurait le partager car on le découvre par la vue ou par l’ouïe. Comme les sens ne sont pas interchangeables, on ne peut pas les transmettre par un autre sens (la parole) or on n'a que le discours pour le transmettre.

Cette dernière affirmation n'est pas sans conséquence : c'est elle qui justifie et nécessite la pratique des sophistes (orateurs, maîtres d'éloquence). Comme on peut le deviner, si l'être ne peut être pensé, il n'y a, chez Gorgias, pas de place pour le moindre monde virtuel (mais réels pour ceux qui le prônent) comme le monde des Idées ou des Formes (au sens de Platon) ni d'ailleurs pour aucun autre arrière-monde (paradis), pas de réminiscence où l'esprit se rappelle de certaines connaissances, comme dans le mythe des enfers que Platon place justement à la fin de son dialogue intitulé Gorgias.

 Ainsi donc si « rien n’existe », il ne reste que le discours, objet des sophistes : « Car le moyen que nous avons de révéler, c’est le discours » ! Mais un discours qui ne prétend pas pouvoir atteindre la vérité (Socrate et Platon) puisque « le discours, il n’est ni les substances ni les êtres : ce ne sont donc pas les êtres que nous révélons à ceux qui nous entourent; nous ne leur révélons qu’un discours ». Un simple discours qui ne renvoie qu'à lui-même et qui nécessite un savoir technique pour produire son effet : la rhétorique, dont Gorgias serait un des inventeur.

Dans son Éloge d’Hélène, Gorgias tente de défendre Hélène de Troie, de la voir comme une victime plutôt que comme la femme adultère que certains voient en elle. Son argumentation commence par dire que c’est soit le Destin ou les dieux qui l’ont fait arriver à Troie, soit elle a été enlevée mais dans les deux cas, la responsabilité morale d’Hélène ne peut être engagée car la faute est rejetée ailleurs (dieux ou barbares). On découvre ici des interrogations qui ressurgiront très régulièrement dans l’histoire de la philosophie, interrogations sur le libre-arbitre et sur la responsabilité morale.

----- Un texte ----- 

De Gorgias, il nous reste essentiellement trois textes: une partie de son traité de l’être et du non-être transmise par Sextus Semplicius, un Éloge d’Hélène et la Défense de Palamède. Voici le début de son traité sur le non-être:

" Ainsi donc le non-être n'est pas. Car si le non-être est, il est à la fois et ne sera pas. Car dans la mesure où il n'est pas pensé comme être, il ne sera pas, mais dans la mesure où il est non-être, il sera à nouveau. Or il serait tout à fait contradictoire qu'une chose fût à la fois et ne fût pas. Par conséquent, le non-être n'est pas. Et par ailleurs, si le non-être est, l'être ne sera pas. Car ces propositions sont contraires entre elles et, si on accorde au non-être qu'il est, il s'ensuivra que l'être n'est pas. Or il n'est pas possible que l'être ne soit pas et, par conséquent, le non-être ne sera pas. "       


----- Son influence ------

 

Platon va fortement nuire à la philosophie de Gorgias en le ridiculisant dans son dialogue Gorgias, à tel point que le terme sophiste prendra le sens péjoratif de celui qui fait dire tout et n’importe quoi. Mais Gorgias lancent des questions qui seront reprises maintes fois par d'autres penseurs comme celle de la responsabilité morale et surtout celle de la place du langage et de son rapport à la réalité. Gorgias est également un grand logicien (même s’il ne l’a pas formalisé) et donc quelque part, un prédécesseur de Aristote.

Posté par xmarabout à 14:25 - Si philosopher peut mener quelque part... - Commentaires [0] - Permalien [#]
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