un peu de tout, un peu de moi

Un mot, un dessin, une réflexion... Parfois, c'est ici que commencera un roman, une nouvelle... C'est le lieu d'exposition de mes oeuvres.. Ce sont aussi mes réflexions sur tout et sur rien.

13 février 2009

La démocratie est-elle (encore) le "moins pire" des systèmes politiques ?

En 1947, devant la Chambre des Communes, Churchill parlait la démocratie en ces termes: "Democracy is the worst form of government - except for all those other forms, that have been tried from time to time." (La Démocratie est le pire des gouvernements, à l'exception de toutes les autres formes qui ont été essayées - traduction libre - Winston Churchill, speech in the House of Commons, 11 November 1947). Souvent son propos est trahi en disant que c'est le moins pire des gouvernements... De là à un faire un idéal politique, il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésitent pas à franchir voire à brandir comme étendard pour justifier des guerres et des diktats...

Mais est-ce vraiment encore ce fameux idéal politique (le fut-il jamais ?) ? Ne s'agit-il pas simplement d'un manque d'imagination et d'un confort très précaire dans lequel le grand nombre se complaît ?

Qu'est-ce qui caractérise la démocratie ? De Athènes à Georges Bush en passant par Montesquieu et de Tocqueville, les définitions ne manquent pas et ne concordent pas totalement... δημοκρατία, "la souveraineté du peuple" telle que le définissait les Athéniens ou, comme le disait Lincoln, le "gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" (repris dans la constitution française de 1958), que représente-t-elle exactement ? Oui, aujourd'hui encore, le "peuple" peut s'exprimer en démocratie dans ce que nous appelons les élections, les votations, les référendums.

Première question: de quel peuple s'agit-il ?
En Grèce antique et à Athènes en particulier, seuls les citoyens athéniens avaient droit de vote soit seulement 10% de la population: femmes, enfants, esclaves, étrangers à la Cité étaient exclus. Aujourd'hui, nos "démocraties" occidentales se sont battues pour obtenir le suffrage universel. Mais ici encore, ce dernier terme est souvent dévoyé... Combien de gens sont exclus de nos systèmes électoraux ? Si tu n'es pas enregistré dûment, tu ne votes pas ! Si tu as moins de 18 ans, ta voix n'existe pas dans la plupart des états modernes... Nous sommes loin d'être équivalent face au vote, aux droits et devoirs politiques

Deuxième question: quelle est cette "souveraineté" du peuple ou en d'autres mots, sa liberté d'action ?
Vaste débat qui nous obligerait de parler d'éducation et culture des peuples, de manipulation par les média et autre lobbies, des systèmes politiques en eux-mêmes. Sans vouloir être exhaustif, pointons quelques éléments.

Quelques exemples de ces limitations à la "souveraineté" ?

Première forme de limitation: le niveau d'éducation et de culture des individus.

Il y aurait beaucoup à dire du système éducatif belge mais une lame de fond depuis quelques années qu'un parti "détient" l'enseignement, et que les incompétent(e)s se suivent sur le fauteuil ministériel, me fait croire que, sous des prétextes d'égalité, les politiques et les réformes se suivent pour tirer toutes nos têtes blondes (et l'avenir du pays) vers le bas... Quelle sera donc (ou quelle est déjà) la capacité de jugement, l'esprit critique que la majorité des jeunes auront au sortir de leurs études secondaires, au moment où ils iront voter pour la première fois ? Que comprendront-ils des discours, des enjeux politiques surtout lorsque chacun y va de sa surenchère en campagne électorale ?

Deuxième forme de limitation: le rôle de l'information et des média.
Dans la belle république d'Italie, Monsieur Berlusconi, Président du Conseil des Ministres est également propriétaire des principaux média télévisés du pays... Peuvent-ils agir et informer en toute indépendance notamment concernant la politique du pays ? Les accointances entre Monsieur Sarkozy et la direction de TF1 est de notoriété publique sans parler des chaînes publiques qui ressentent lourdement le poids de l'Elysées... Lors des ses "fameux" grands oraux, c'est lui-même qui choisit les journalistes qui l'interrogent... Liberté de la presse ? Aux États-Unis, la censure n'est plus un vain mot, surtout depuis l'excuse du 11 septembre 2001... Qui informe ? Comment est-on informé ? La presse peut-elle encore jouer son rôle de contre-pouvoir qu'elle a joué parfois (Watergate) ?

Rappelons aussi ce propos d'un des patrons de TF1, Mr Le Lay,
" Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...)"(Dépêche AFP du 9 juillet 04, reprise notamment par Libération (10-11/07/04) : " Patrick Le Lay, décerveleur ”).

Autre exemple encore sur le rôle des média dans "la plus grande démocratie du monde": en janvier ou février 2003, en marge d'un sommet de l'ONU, le Premier ministre belge de l'époque, Mr Verhofstad, a donné une conférence de presse à New York pour expliquer la position de la Belgique contre l'intervention en Irak. A la sortie de cette conférence de presse, des journalistes belges ont interrogé leurs collègues américains sur leurs impressions. Plusieurs d'entre eux (Washington Post, notamment) ont fait part de leur intérêt pour le point de vue adopté par la Belgique et de la compréhension nouvelle qu'ils avaient de ce point de vue (qui était aussi celui de la France et de l'Allemagne). Le lendemain, pas une ligne sur le sujet dans aucun journal américain: la censure Bush était passé par là !

Troisième forme de limitation: le rôle des lobbies.

Outre le fait que le personnage, j'ose le dire, était quelque peu falot, qui dirigeait le pays sous la présidence de Georges W. Bush (et certainement sous d'autres présidences) ? Nous avons déjà souvent senti derrière des politiques des lobbies très puissant: le complexe militaro-industriel, les magnats du pétrole, le lobby juif très puissant aux États-Unis pour soutenir Israël (ne voyez pas d'antisémitisme ici ! Juste un constat !). Quand certains présidents se sont levés contre certains de ces lobbies, ils n'ont pas fait long feu... Et l'on ne sait toujours pas pourquoi Kennedy est mort... En Belgique, comme ailleurs, on peut citer parmi les grands lobbies les plus voyant l'Église catholique notamment durant tout le XIXème siècle et jusque tard dans le XXème ou le Boerenbond en Flandres.

Donc, même si les élections étaient démocratiques et que le peuple était souverain dans ses choix, quelle est la marge de manœuvre des dirigeants de nos "démocraties" ?

Quatrième forme de limitation: le système politique lui-même

Le Systèmes de grands électeurs américains n'est-il pas une limitation à la souveraineté des individus ? Si nous postulons qu'un des principaux outils de la démocratie est le vote majoritaire, est-il normal qu'un président soit élu par une minorité de votants parce qu'il a la majorité des grands électeurs (ce fut le cas de Georges W. Bush lors de sa première élection en 2000 - contestée) ?

Le Système particratique belge pose aussi pas mal de questions aussi concernant la valeur des votes du citoyen lambda. Est-ce normal que, avant les élections, certains partis aient déjà conclu des accords pré-électoraux (je ne parle pas de cartels où les partis se présentent ensemble à l'élection): rien n'a encore été décidé que des partis forment déjà une coalition gouvernementale (à tous les niveaux de pouvoir), décident d'un programme de base (en faisant parfois fi des promesses faites aux électeurs) et donc tout est décidé avant que l'électeur ne se prononce ? L'effet du vote, dans bien des cas, ne permet que d'entériner les décisions prises par les partis ou au mieux faire tout capoter en sanctionnant un des partis. Souvent donc, dans un système à la proportionnelle, comme en Belgique, on prend les mêmes et on recommence en changeant deux ou trois sièges. Et là, j'oublie de parler des autres aspects de cette particratie très présent en Belgique: la "partisanerie" à outrance (même les crèches semblent liées à des partis !) et le népotisme toujours plus présent (combien de fils et fille de ne trouve-t-on pas dans la politique belge notamment...)

Mais sur ces derniers points, nous quittons quelques peu les principes de la démocratie ou même le système politique pour en arriver aux dérives plutôt dues à l'humaine condition... Et donc on peut alors se demander si un régime politique quelconque pourrait un jour être meilleur qu'un autre tant qu'il serait dirigé par des hommes. Remarquez que j'ai écrit "hommes" sans majuscule, je ne sais pas, en effet, si je dois viser ici les hommes au sens de l'humanité ou les hommes par opposition aux femmes mais ceci est un autre débat !


Bon, bien sûr, tout ceci ne sont que des dérives de systèmes qui ont, sans doute, fait leurs preuves en d'autres temps et d'autres lieux. Mais la situation actuelle est là, qui plus est, nous, "démocraties" occidentales croyons toujours pouvoir imposer ce modèle au monde. C'est la même main qui a signé le Patriot Act qui annihile quasiment tout respect de la vie privée et tue un certain nombre de libertés individuelles et qui a "signé" la déclaration de guerre à l'Irak sous le fallacieux prétexte d'y "apporter" (imposer) la "démocratie"...

J'ai l'impression de m'éloigner de mon propos... Revenons au problème de départ...


Faillite sur le long terme

Aujourd'hui, heure de problèmes globaux, de problèmes urgents sur le long terme (survie de la planète, crises mondiales, ...), la démocratie est-elle encore le moins pire des régimes ? Ma réponse est non (ou en moins catégorique: peut-être pas), pas dans sa forme actuelle en tout cas...

A tous les niveaux, la démocratie se base sur l'élection de personnes défendant une opinion politique. Or, aujourd'hui, sur un certain nombre de sujets, nous n'avons pas besoin d'opinion politique mais de solutions urgentes, viables, durables, respectueuses de la Terre et de tout ses habitants ("win-win" pour employer un terme à la mode). Or donc, un grand nombre d'hommes (et de femmes) politiques sont aux postes de décisions non pas parce qu'ils sont compétents dans le domaine dans lequel ils doivent prendre des décisions mais parce qu'ils sont politiques (et sans doutes parce qu'ils sont compétents dans le domaine de la manipulation des masses, des médias, etc. pour arriver où ils sont arrivés).

Beaucoup d'élus, depuis trop d'années me font penser aux gouverneurs romains qui profitaient de leur mandat pour s'enrichir un maximum et préparer leur accession à un autre poste. Ne me faites pas dire qu'ils sont tous pourris (quoique !) mais vous ne m'ôterez pas de l'esprit qu'un Bush, un Sarkozy, un Reynders, une Arena, ... ont pour unique objectif totalement désintéressé de trouver la meilleure solution pour le bien commun et dans l'intérêt de tous. Et vous ne m'ôterez pas de l'esprit non plus qu'ils ne sont pas toujours (voir rarement) compétents pour le poste qu'ils occupent (et pire, ils ne savent pas toujours s'entourer de gens compétents). Bon ils doivent vivre, ils doivent être rémunérés en partie en fonction de leurs responsabilités. Ils doivent être suffisamment rémunérés pour éviter au maximum les tentatives de corruption (quoique chez certains cela ne change rien du tout) mais ils ne devraient pas qu'ils ont des responsabilités (et pas des responsabilités face à leur carrière, leurs amis ou leur avancement personnel, des responsabilités face à ceux qu'ils dirigent)(On pourrait ici faire le lien avec le principe de Peter et/ ou le principe de Dilbert sur les niveau de compétence et d'incompétence bien que ceux-ci s'adaptent moins bien en politique que dans les entreprises.).

Tous, sans beaucoup d'exceptions (il y en a, si, si!), ont une vision "mandatique": ils voient leur mandat, les futurs élections, l'image qu'ils doivent donner pour être réélus ou pour laisser une trace dans l'Histoire (ou devrais-je dire l'histoire ?) par une réformette débile ou une guerre qui l'est tout autant... Mais très rares sont ceux qui osent prendre les décisions, qui parfois fâchent, car elles bousculent le confort, elles bousculent des acquis (pour autant qu'il y ait quelque chose d'acquis dans ce monde !) mais qui visent le long terme.

Prenons l'environnement comme exemple. Quel élu ose prendre des décisions qui ne produiront leur effet que dans 10 ans, 20 ans mais qui produiront des effets durables ? Bon d'accord, aujourd'hui, il y en a plus qu'hier qui pensent à l'environnement et qui agissent pour sa préservation. Pourquoi ? Parce que le problème devient urgent, parce que le problème est médiatique, il touche l'opinion aujourd'hui, il touche l'électeur... Oserais-je être cynique ? Il touche le portefeuille de chacun quand le prix du pétrole grimpe... Et si l'élu peut soulager le portefeuille, il soulage l'électeur et donc le prédispose pour les prochaines élections... Aujourd'hui, la crise économique et financière touche au portefeuille (y compris celui des ministres !) donc on s'y intéresse quitte à ce que ce soit au détriment du long terme et l'environnement passe derrière.

Et si même des décisions sont prises, à la prochaine échéance électorale, tout peut être remis en question (heureusement parfois) et les nouveaux élus peuvent prendre le contre-pied de ce qui a été décidé. Mr Obama l'a bien compris...

A nouveau, en étant quelque peu cynique, qui peut se permettre des politiques sur le long terme sans crainte de fâcher, sans crainte que tout s'écroule à la prochaine législature ? Réponse: le gouvernement chinois ! Bon, ils disent aussi que c'est une démocratie (l’Article 1 de la constitution de la République Populaire de Chine décrit la Chine comme une ‘’dictature démocratique du peuple’’). Pas vraiment d'élections, pas vraiment d'alternance (idéologique) au pouvoir, pas vraiment d'échéance, pas de contrôle, peu de contestation... Une voie libre pour des politiques sur le long terme...

Suis-je en train de prôner la dictature (même si c'est celle du prolétariat) ? Que nenni, les idées démocratiques ont apporté de belles choses auxquelles je tiens: les droits de l'Homme (avec un grand H), la séparation des pouvoirs, certaines libertés importantes, des droits sociaux, des devoirs citoyens... et les idées démocratiques restent un idéal auquel je crois: oui nous devons devenir des CRACs (Citoyens Responsables Actifs et Critiques et je précise que cette expression n'est pas l'apanage d'un parti politique ou l'autre qui se le sont appropriés ! Ce terme est d'usage dans les mouvements de jeunesse belge depuis certainement une dizaine d'années) mais il faut en donner les moyens à la société et donner des réponses sur le long terme...

Alors quelles options ?

Je crois que le gros problème est aussi que nous manquons d'imagination... Pourquoi se cantonner à la démocratie ? Depuis Marx, aucune alternative n'a été proposée... Confort quand tu nous tiens ! Imaginons ! Imaginez ! Sortez des sentiers battus ! Osez ! Osons ! Et puis, même si nous manquons d'imagination (la faute à qui ? Télé, quand tu nous formates...), l'Histoire est là (oui, oui, cette fois c'est celle avec un grand H !)...

Personnellement, j'aime assez l'idée de Platon d'un gouvernement de philosophes... Les Jésuites ont connus de belles réussites "communistes" (s'il n'y avait pas anachronisme du terme) en Amérique du sud notamment...

Une idée comme cela, pour lancer le "remue-méninge":
une dexiotechnocratie (c'est un nouveau terme que j'invente: du grec, nos maîtres en politique, δεξιοτεχνία, art, capacité, compétence professionnelle, know-how, ...) soit des gens a-politiques avec des compétences professionnelles dans leur domaine de décision qui soient évalués et contrôlés régulièrement par des élus du peuples. En gros, une administration compétente non inféodée au politique mais avec des pouvoirs larges de décision ou d'initiatives... et un pouvoir législatif, peut-être plus politisé, qui servirait de forum d'idées, de discussions avec éventuellement aussi un pouvoir d'initiatives mais surtout un devoir de contrôle...

Mr Obama a fait des tentatives dans cette voie en souhaitant s'entourer de Steven Chu, prix Nobel de physique, à l'Energie, par exemple  (d'autres membres de son équipe ont des palmarès tout aussi intéressants)... A suivre...

Bon, tout ceci mérite réflexion, et peut-être en relisant j'aurais honte de ce que j'écris... mais si cela peut faire réfléchir une personne et lui permettre d'avancer en CRAC, j'aurai atteint mon but !

PS: Et si la révolution ce n'est pas pour demain, et si l'on veut quand même des CRACs, il faudra au minimum changer le système d'enseignement en Belgique !

En guise de conclusion un brin cynique:

"En Italie, pendant 30 ans sous les Borgias, ils ont eu la guerre, la terreur, des meurtres, des effusions de sang, mais ils ont produit Michel-Ange, Leonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont l'amour fraternel; depuis 500 ans, ils ont eu la paix et la démocratie --- Et qu'ont-ils produit ? Le coucou (ndlr: l'horloge avec coucou)"
    Orson Welles dans le rôle de Harry Lime dans Le Troisième Homme, 1949

Posté par xmarabout à 22:13 - Politiquement incorrect - Commentaires [0] - Permalien [#]
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